« L’Enneigement » de Michel Thion

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La neige est l’encre, la plume, et le papier.
Avec L’Enneigement de Michel Thion, on est au commencement et à la fin, dans la nuit d’une traversée intérieure où la neige impose sa lenteur.

Inspirés du haïku japonais, les poèmes de l’Enneigement tombent sur la page dans le souffle du poète. Ils sont des instantanées, des échos, des éclats. Ils cristallisent un frisson, la beauté fragile – et son effacement, l’éphémère, et la transformation permanente de ce qui est. Les tercets portent les traces d’un chagrin, de la fin d’un amour, d’un exil – un déchirement.

«Poudre de neige
effleure
tes seins,

ils frissonnent,
et moi j’en tremble »

A la lisère du langage, la neige vient traduire l’innommable, ce qui reste en suspens, la sensation tranchante, la nostalgie. Elle dit à la fois le désir, la douceur et la dureté des émotions. Elle est apparence et mensonge. Elle est ce qui retient le temps, freine la marche – et ce qui adoucit, pourtant, les aspérités de la vie. Elle recréé l’épaisseur entre le ciel et la terre. Comme une unité de l’être qui se refonde, avant l’allègement, un réveil – elle annonce le printemps.

Aussi, le poète nous donne à entendre le silence, les sons infimes qui persistent ou se révèlent sous l’étouffement que produit la neige. « Il n’y a pas d’achèvement dans le silence. Il n’y a pas de gravité. Il n’y a qu’un cheminement » écrivait déjà Michel Thion dans Le Traité du silence.

« Frémir
en silence,
telle est la leçon de la neige. »

Enfin, dans ce qui n’est pas une postface, le poète révèle ce que l’on pressentait en ouvrant ce recueil : L’Enneigement avance d’abord dans le sillage des États de la neige de Brigitte Baumié. Il se fait la trace d’une rencontre, et s’en détache dans les vibrations de ces tercets qui portent avec eux les précédents récits poétiques de Michel Thion dont Le Dit du sablier, Une fleur sur la neige et bien évidemment Origami.

Comme dans ce dernier, les poèmes de L’Enneigement ont souvent la forme du tanka. Ils se déploient, aériens, en sèmant dans leur jardin de neige « des fleurs sans nom ».

Vanessa Curton

 

« Au coeur du désert
un ancien phare
attend toujours la neige. »

« Elle dessine
elle efface
tout du même geste. »

« Ecoute la neige
tomber
sur la neige
Tomber
sur la neige »

 

***

LEnneigement de Michel Thion
Recueil paru aux éditions la Rumeur Libre, 2014

Site de Michel Thion : http://michel.thion.free.fr/
Site des éditions roannaises, La Rumeur libre.

 

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